Unis avec le peuple Kényan

C’était il y a une semaine à l’université de Garissa. 148 morts… Des étudiants qui préparaient et rêvaient le monde de demain…

Je vous invite à écouter le poème « Je n’ai pas peur » de Khalyre Slam, poète camerounais.

 

« Je n’ai pas peur »

Khalyre SLAM

Je n’ai pas peur du tonnerre qui bruit,
Mais j’ai peur de l’homme,
Je n’ai pas peur de la nuit,
Mais j’ai peur des jours sombres,

Je n’ai pas peur de la mort
Mais j’ai peur de vivre pour rien
Je n’ai pas peur de mon corps
Mais j’ai peur de ses réactions

Je n’ai pas peur des voyages,
Mais j’ai peur des aller simples,
Je n’ai pas peur du voisinage,
Mais j’ai peur des commérages,

Je n’ai pas peur du temps qui passe,
Mais j’ai peur du temps perdu,
Je n’ai pas peur de celui qui me déteste,
Mais j’ai peur des sous-entendus.

Je n’ai pas peur du travail,
Mais j’ai peur de celui qui m’exploite,
Je n’ai pas peur de celle qui me veille,
Mais j’ai peur de l’amour qui perfore,

Refrain
Ayimario lala dunia Koné sirana bimogo
Gna, Moni sen fila
An bimogo magni
Moni bolo fila bimogo ma siraniiii
Ne serina Samara nitigui gna S
irana bimogo gna

Je n’ai pas peur de la route,
Mais j’ai peur de celui qui part,
Je n’ai pas peur de la colère,
Mais j’ai peur de celle qui ne s’exprime pas,

Je n’ai pas peur de la douleur,
Mais j’ai peur de la douleur muette,
Je n’ai pas peur de la grandeur,
Mais j’ai peur de ce qu’elle entraîne,

Je n’ai pas peur de la haine,
Mais j’ai peur de l’amour qui emprisonne,
Je n’ai pas peur des larmes qui coulent,
Mais j’ai peur de celles qui consument,

Je n’ai pas peur des amitiés,
Mais j’ai peur de celles qui finissent,
Je n’ai pas peur des guerres commencées,
Mais j’ai peur de celles qui durent,

Je n’ai pas peur de l’Afrique,
Mais j’ai peur de ses dirigeants,
Je n’ai pas peur de ce qui, demain, arrive,
Mais j’ai peur que ne s’arrête le temps.

Sorio……Na an sama djimbé lé Ann Dunia,
e sirana an-bimogo ya gnè
N’ Sirana.Simarani tigui gna,
Nsiana bimogogna, ne siranaaa- an,
N Siranadjanfa Djougougnè, Ahi marioooooooooooooooooo
Ahimario o Sirana, bimogo ya, Zinogo ya, Bimogoya.


Photo Flickr – « Dreams » by Marina Del Castell – https://flic.kr/p/hZkga5

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Debouts et main dans la main, construisons le monde de demain !

Coup de chapeau aux Editions rue du monde ! Cette jeune Maison nous propose ‘d’interroger et d’imaginer le monde’ grâce notamment à des recueils de poèsie

Aujourd’hui, je veux partager avec vous un texte du poète marocain Abdellatif LAÂBI, texte écrit à la suite des événements de janvier en France. Ce texte fait partie d’un ouvrage, à paraître au printemps, sous le titre ‘Je rêve le monde assis sur un vieux crocodile’.

A partager, à transmettre, à offrir à nos enfants pour tous ensemble construire un monde plus apaisé, plus harmonieux, plus doux…

 

 

J’atteste

J’atteste qu’il n’y a d’Etre humain
que Celui dont le cœur tremble d’amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la Vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités
J’atteste qu’il n’y a d’Etre humain
que Celui qui combat sans relâche la Haine
en lui et autour de lui
Celui qui quand il ouvre les yeux au matin
se pose la question :
Que vais-je faire aujourd’hui pour ne pas perdre
ma qualité et ma fierté
d’être homme ?

Abdellatif LAÂBI Janvier 2015

 

Liberté – Paul Eluard

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Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté
Paul ELUARD – 1942
Dessin de Fernand Léger