Si nous parlions d’éducation…

A l’heure où le débat sur l’éducation resurgit en France…je partage avec vous aujourd’hui un extrait du livre de Christiane SINGER « N’oublie pas les chevaux écumants du passé ».

Où il est question de rencontres, de surgissements, d’éblouissements…Laissez vous inspirer par la parole puissante, généreuse et libre de cette femme lumineuse…

L’erreur la plus courante en éducation consiste à partir du plus bas, du plus réduit, du plus pragmatique ; elle est souvent irréparable.

Pourquoi mettre en avant ce qui va de soi et qui est « livré avec » tout naturellement, comme par exemple la syntaxe et la grammaire que la fréquentation des livres offre en surcroît ? On n’apprend pas une langue, on ne la prend pas. Elle se donne quand on l’aime. Personne n’a jamais appris une langue autrement qu’en la parlant, qu’en la gardant en bouche, qu’en s’en régalant. Soit dit en passant, la suppression de ce sucre d’orge qu’est le « par cœur »est une punition imméritée.

Est-il surprenant que, devant tout ce qui n’est que fonctionnel et flaire le système, l’enfant se rétracte ?

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La grenouille bleue – Paul Fort

A écouter en bas de ce post…

Nous vous en prions à genoux, bon forestier, dites-nous-le ! à quoi reconnaît-on chez vous la fameuse grenouille bleue ?

à ce que les autres sont vertes ? à ce qu’elle est pesante ? alerte ? à ce qu’elle fuit les canards ? ou se balance aux nénuphars ?

à ce que sa voix est perlée ? à ce qu’elle porte une houppe ? à ce qu’elle rêve par troupe ? en ménage ? ou bien isolée ?

Ayant réfléchi très longtemps et reluquant un vague étang, le bonhomme nous dit : eh mais, à ce qu’on ne la voit jamais !

Tu mentais, forestier. Aussi, ma joie éclate ! Ce matin, je l’ai vue : un vrai saphir à pattes. Complice du beau temps, amante du ciel pur, elle était verte, mais réfléchissait l’azur.

Paul FORT Ballades françaises (1922-1958)

A vos barbecue !

Ne ratez pas la chute…pur moment de bonheur ensoleillé !

Goût, vue, ouïe, odorat…c’est instantané :

Lorsque le poisson de mer cuit à l’huile s’entr’ouvre, un jour de soleil sur la nappe, et que les grandes épées qu’il comporte sont prêtes à joncher le sol, que la peau se détache comme la pellicule impressionnable parfois de la plaque exagérément révélée (mais tout ici est beaucoup plus savoureux), ou (comment pourrions-nous dire encore ?)…Non, c’est trop bon ! Ça fait comme une boulette élastique, un caramel de peau de poisson bien grillée au fond de la poêle…

Goût, vue, ouïes, odaurades : cet instant safrané…

C’est alors, au moment qu’on s’apprête à déguster les filets encore vierges, oui! Sète alors que la haute fenêtre s’ouvre, que la voilure claque et que le pont du petit navire penche vertigineusement sur les flots,

Tandis qu’un petit verre de vin doré – qui se tient bien vertical sur la nappe – luit à notre portée.

Francis Ponge – Pièces – Editions nrf poésie/gallimard 1962

Comptines et Fabulettes, c’est mercredi !

L’ARTISTE

Il voulut peindre une rivière ;

Elle coula hors du tableau.

Il peignit une pie-grièche 

Elle s’envola aussitôt. 

Il dessina une dorade :

D’un bond, elle brisa le cadre.

 Il peignit ensuite une étoile ;

Elle mit le feu à la toile.

 Alors, il peignit une porte;

Au milieu même du tableau.

porte bleueElle s’ouvrit sur d’autres portes.

Et il entra dans le château.

 Maurice Carême « Entre Deux Mondes »

Photo flickr https://flic.kr/p/jzCpqu a Sidi Ifni Door in Blue de Mhobi

Bon week-end !

MÉTÉO…ou…petite poésie du quotidien

Dimanche

Grand beau temps sur toute la France

A nous les parcs,
les bords de Seine,
les chemins de traverse,
les jardins,
les sous-bois,
les crêtes des Monts Jura

Demain samedi, dommage…
un peu plus de nuages
Quelques gouttes de pluie

sur Rouen, Sur Paris, sur Strasbourg, et  Viry

Nous pourrons toujours dessiner des arcs en ciel
En rêvant de dimanche et de son beau soleil !

BON WEEK END !

Unis avec le peuple Kényan

C’était il y a une semaine à l’université de Garissa. 148 morts… Des étudiants qui préparaient et rêvaient le monde de demain…

Je vous invite à écouter le poème « Je n’ai pas peur » de Khalyre Slam, poète camerounais.

 

« Je n’ai pas peur »

Khalyre SLAM

Je n’ai pas peur du tonnerre qui bruit,
Mais j’ai peur de l’homme,
Je n’ai pas peur de la nuit,
Mais j’ai peur des jours sombres,

Je n’ai pas peur de la mort
Mais j’ai peur de vivre pour rien
Je n’ai pas peur de mon corps
Mais j’ai peur de ses réactions

Je n’ai pas peur des voyages,
Mais j’ai peur des aller simples,
Je n’ai pas peur du voisinage,
Mais j’ai peur des commérages,

Je n’ai pas peur du temps qui passe,
Mais j’ai peur du temps perdu,
Je n’ai pas peur de celui qui me déteste,
Mais j’ai peur des sous-entendus.

Je n’ai pas peur du travail,
Mais j’ai peur de celui qui m’exploite,
Je n’ai pas peur de celle qui me veille,
Mais j’ai peur de l’amour qui perfore,

Refrain
Ayimario lala dunia Koné sirana bimogo
Gna, Moni sen fila
An bimogo magni
Moni bolo fila bimogo ma siraniiii
Ne serina Samara nitigui gna S
irana bimogo gna

Je n’ai pas peur de la route,
Mais j’ai peur de celui qui part,
Je n’ai pas peur de la colère,
Mais j’ai peur de celle qui ne s’exprime pas,

Je n’ai pas peur de la douleur,
Mais j’ai peur de la douleur muette,
Je n’ai pas peur de la grandeur,
Mais j’ai peur de ce qu’elle entraîne,

Je n’ai pas peur de la haine,
Mais j’ai peur de l’amour qui emprisonne,
Je n’ai pas peur des larmes qui coulent,
Mais j’ai peur de celles qui consument,

Je n’ai pas peur des amitiés,
Mais j’ai peur de celles qui finissent,
Je n’ai pas peur des guerres commencées,
Mais j’ai peur de celles qui durent,

Je n’ai pas peur de l’Afrique,
Mais j’ai peur de ses dirigeants,
Je n’ai pas peur de ce qui, demain, arrive,
Mais j’ai peur que ne s’arrête le temps.

Sorio……Na an sama djimbé lé Ann Dunia,
e sirana an-bimogo ya gnè
N’ Sirana.Simarani tigui gna,
Nsiana bimogogna, ne siranaaa- an,
N Siranadjanfa Djougougnè, Ahi marioooooooooooooooooo
Ahimario o Sirana, bimogo ya, Zinogo ya, Bimogoya.


Photo Flickr – « Dreams » by Marina Del Castell – https://flic.kr/p/hZkga5